TOURISME ESTHETIQUE : Est-ce une bonne idée pour payer moins cher ?

INTRODUCTION :

Les vacances esthétiques sont les nouvelles vacances à la mode.

Alors que certains et certaines recherchent la destination de leurs rêves en fonction de la proximité de la plage, pour d’autres le critère des vacances idéales c’est quand ils ou elles peuvent se faire refaire ce petit défaut qui occupent toutes leurs pensées.

Sydney Ohana : En Europe le phénomène a pris de l’ampleur au début des années 2000, par l’intermédiaire d’Internet. Grâce à ce vecteur d’information et l’ouverture des frontières, la démarche du patient s’est vue énormément simplifiée. L’essentiel du marché se tourne vers des patients en provenance d’Europe occidentale, vers les pays de l’Est (Hongrie, Bulgarie, République tchèque…) et du Sud (Tunisie3, Maroc, Turquie…)

Dans le monde, les destinations de tourisme esthétique sont, pour les plus connues, le Brésil, la Corée du Sud, l’Inde, la Tunisie…

Pour info, la France se tourne essentiellement vers les pays de la Méditerranée, dont la Tunisie, qui est depuis 2004, la première destination des Français pour la chirurgie esthétique.

Prochaine destination ? Une salle d’op’ à l’étranger !

TOURISME ESTHETIQUE

  1. Chirurgie esthétique à l’étranger : les avantages

    i) Un prix plus attractif :

    C’est moins cher. On ne va pas se faire opérer du nez à des milliers de kilomètres pour l’exotisme ou par curiosité. C’est bien l’économie d’argent qui motive les patients. Selon les pays, une augmentation mammaire coûte entre 1800 et 2500 €, contre 4500 à 6000 € en France. Idem pour un lifting cervico-facial, qui coûte entre 5000 et 6000 € en France. Il faut savoir que beaucoup de plasticiens (notamment au Maghreb) ont été formés en France. Mais pour être vraiment rassurée, demandez à consulter les diplômes et les qualifications de votre chirurgien avant de vous lancer.

    ii) Un cadre idyllique :

    Se faire opérer dans un cadre idyllique (palmiers, plage, mer…), aide forcément à relativiser, à ne pas angoisser et à dédramatiser l’acte chirurgical. D’autant que beaucoup de tour-opérateurs proposent des journées de tourisme culturel “light” dans le but de divertir et faire découvrir le pays afin d’éviter que la seule chose que le patient ai vu soit le trajet aéroport/clinique. Une façon aussi de détendre ceux et celles qui ont une peur bleue de l’ambiance médicale précédant l’intervention chirurgicale.

    iii)  Une éventuelle prise en charge en cas de complication médicale grave :

Bien que le discours des chirurgiens plasticiens français aime à laisser planer un doute hautement anxiogène en ce qui concerne le tourisme esthétique, une intervention de chirurgie esthétique ou plastique réalisée à l’étranger ne se finit pas inéluctablement en septicémie ou en mastectomie. D’autant que, en cas de complication médicale grave (embolie pulmonaire, septicémie, complication nécessitant une hospitalisation en soins intensifs…) les soins sont  pris en charge par l’Assurance Maladie, que la chirurgie esthétique ait été réalisée en France ou à l’étranger. Par contre, en ce qui concerne les suites opératoires, les insatisfactions, les malfaçons, les complications classiques (hématomes, nécroses, infections hors septicémie…) ainsi que les résultats inesthétiques, ce n’est pas pris en charge par l’Assurance Maladie (que l’acte ait été réalisé en France ou à l’étranger d’ailleurs).

   2. Chirurgie esthétique à l’étranger : les inconvénients

i) Une consultation préopératoire la vielle de l’intervention :

Ça peut être psychologiquement traumatisant. Se faire refaire le nez ou les seins n’est pas anodin. Cela implique de mûrement réfléchir sa décision et de discuter de ses motivations avec le chirurgien, qui sera le plus à même de juger de l’état d’esprit de la patiente. Or, s’il est courant qu’un plasticien français refuse d’opérer une femme fragile et/ou déséquilibrée après l’avoir reçue en consultation, il est très rare qu’un chirurgien étranger refuse l’intervention d’une “cliente” ayant déjà payé pour un forfait qui comprend généralement le transport, l’hébergement et l’intervention. D’autant que la consultation préopératoire a souvent lieu… la veille même de l’intervention. Ce qui laisse peu de temps à la réflexion et peut donner l’impression de “subir” cet événement où tout se passe très vite.

Se faire opérer à l’étranger ne conviendra donc pas à celles qui ont besoin de dialoguer longuement avec le chirurgien, qui saura la rassurer et la conseiller, pour ensuite se faire opérer sereinement.

ii)  Un suivi inapproprié :

Il faut garder à l’esprit que les échanges avec le chirurgien se feront essentiellement par mail et/ou téléphone et que le plasticien ne pourra se fier qu’au ressenti et aux photos que le patient lui enverra pour juger de l’évolution des résultats de l’intervention. Ce n’est pas très tranquillisant, surtout quand on sait que dans ce domaine encore plus qu’ailleurs, rien ne remplace le toucher du plasticien pour déceler une éventuelle anomalie.

iii) Qui gère les complications ?

Infections, phlébites, embolie pulmonaire… Des complications lourdes peuvent apparaître plusieurs semaines après l’opération de chirurgie plastique. Or si vous l’avez pratiquée à l’étranger, vous êtes alors déjà rentré. En France, la chirurgie esthétique a acquis avec la loi de 2005 un niveau d’excellence en termes de qualité et de sécurité qu’on ne retrouve pas dans tous les pays. Dans l’Hexagone, les pratiques sont strictement encadrées, ce qui explique le prix plus élevé des prestations… mais qui comprend aussi le suivi de la patiente sur le long terme. Mais la législation en vigueur protège uniquement les patientes opérées sur le territoire français. Chaque année, nombreuses sont donc les victimes du tourisme chirurgical se trouvant complètement démunies en cas de complications (incapacité physique de de se déplacer pour revoir le chirurgien / impossibilité financière de retourner voir le chirurgien les ayant opérés / pas de recours juridique possible face à des plasticiens dépendant de la loi de leur pays d’exercice)

iv) Quel recours en cas de ratés ?

Il n’existe pas de statistiques disponibles, en France comme à l’étranger, car ils ne sont pas vraiment mesurables.

Dans le cas de mauvais résultat, à l’étranger, des clauses qui peuvent paraître rassurantes sont souvent ajoutées au contrat, promettant des retouches gracieuses négociées à l’amiable. Attention toutefois car l’appréciation du résultat revient au chirurgien. En cas de conflit, le recours juridique se fait dans le pays où l’intervention s’est déroulée et la législation est variable d’un pays à l’autre.

3. Le mot d’ordre est « prudence »

i) Les précautions à prendre avant une opération à l’étranger

Avant de se faire opérer certaines précautions et vérifications sont indispensables.

Par exemple, en France  :

  • Il faut principalement vérifier que son chirurgienest bien inscrit à l’ordre des médecins.
  • La loi française impose aux praticiens une consultation de visu avec le patient et 15 jours de délai de réflexion avant l’opération. Ce prérequis n’est pas respecté lors d’une opération à l’étranger.

Les lois et les normes en matière de santé étant différentes ou absentes à l’étranger, la liste des détails à vérifier est longue… Il faut vérifier que :

  • Le chirurgien possède-t-il le diplôme de spécialiste en chirurgie plastique reconstructrice et esthétique requis en France ?
  • Le personnel parle-t-il français ?
  • La qualité du matériel, de la clinique et des prothèses utilisées est-elle aux normes françaises ?
  • Le chirurgien opère en cabinet ou en clinique ? (Les cabinets n’ont pas autant de matériel, surtout en cas de complications.)
  • La clinique comporte-t-elle des anesthésistes et des réanimateurs. Sont-ils présents 24/24h ?
  • Le chirurgien et la clinique sont-ils assurés en cas de complications ?
  • Au moment de la proposition du devis, n’hésitez pas à demander toutes sortes d’informations (risques, contre-indications, effets secondaires, suites opératoires) et au moment de l’acceptation, exigez la signature conjointe d’un contrat stipulant la nature de l’intervention et les conditions de prise en charge post-opératoire.
  • Demander l’avis de 2 ou 3 chirurgiens de son pays pour s’assurer de la nécessité de l’intervention et de la meilleure méthode à employer pour parvenir au résultat souhaité.
  • De retour chez vous, veillez à rester en contact avec votre chirurgien par téléphone, à propos d’éventuels effets secondaires. Si vous avez un doute, faites un suivi médical avec un des correspondants chirurgiens référents, dont les coordonnés devront vous être communiqué.

   ii) Réglementation des agences de voyages

La Direction Générale de la Santé signale que les autorités françaises n’ont aucun pouvoir de contrôle sur ces pratiques, réalisées en dehors du territoire national. De plus, selon le code du tourisme français, les agences de voyages ne sont pas autorisées à contribuer, de manière directe ou indirecte par publicité ou information, à la vente de prestations de chirurgie esthétique, sous peine d’un éventuel retrait de licence. Leurs assurances ne couvrent en aucun cas leur responsabilité pour ce type de prestations en cas de complications médicales.

CONCLUSION :

Sydney Ohana Avis : La meilleure conclusion est sans doute celle de la Société Française de Chirurgie Plastique Reconstructrice et Esthétique (SoFCPRE) qui compare le tourisme esthétique aux imitations de sacs de luxe que l’on peut acheter sur les marchés tout en étant conscient des risques que l’on encourt si l’on se fait prendre à la frontière : “si le sac ne tient pas et que les ferrures lâchent, on se réconforte en disant qu’on ne l’a pas payé cher. Mais si l’on se fait pincer, cela coûte une fortune”.

Dans le cas de la chirurgie esthétique, c’est de votre beauté voire de votre santé qu’il s’agit. Alors posez-vous la question de savoir si vous êtes prête à faire ce pari, quitte à en payer le prix en cas de souci…

La santé ne se brade pas et la médecine n’est pas un commerce. Or ici, c’est tout le code de santé publique qui est bafoué. Non seulement les règles de sécurité qui précèdent et qui suivent l’intervention mais également l’article sur la déontologie qui interdit toute forme de commerce et de compérage avec un chirurgien en dehors de l’Europe.

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